Les crues de rivières, même si elles sont craintes parfois par les inondations qu'elles provoquent, font partie du rythme naturel et jouent un rôle majeur dans la vie et la régénération des milieux aquatiques.

Les crues sont très surveillées pour leurs débordements dans le lit majeur, sur les routes, au niveau des ponts et ouvrages (qui peuvent être bouchés et fragilisés) et aussi autour des habitations, des activités humaines.

Le service Vigicrues https://www.vigicrues.gouv.fr/ permet de suivre en temps réel l'évolution des hauteurs de crues constatées aux stations de contrôle et d'activer les cellules de crise en cas de nécessité.

 

Si l'inondation peut devenir un aléa dommageable, une source d'inquiétude et de stress quand la pluie ne cesse de tomber (ce que nous avons vécu depuis début novembre 2019 jusqu'à Noël), pour les milieux aquatiques ces crues hivernales sont à l'inverse primordiales.

Les forts courants et débits favorisent le nettoyage naturel des fonds, des berges et des habitats pour de nombreuses espèces aquatiques (végétales et animales).

La remise en suspension des vases et dépôts sédimentaires (qui parfois colmatent les fonds du lit du cours d'eau) décape et découvre les substrats sableux ou graveleux sous-jacents, très recherchés par les invertébrés et les poissons notamment pour la fraie.

Cela s'observe par exemple au quai de Bernouet, qui était auparavant envasé sur toute sa longueur et largeur (couleur marron de fines vases, remplacées par des sables et graviers de couleur blanc / jaune).

 

Ce "nettoyage naturel" est d'autant plus efficace lorsque les crues sont longues, ou se succèdent comme ici en 2019 où 4 pics de crues moyennes se sont succédés en 2 mois.

Ces crues d'hiver 2019 relativement ordinaires en intensité - environ 10,20 m NGF au pont de Saint-jacques à Saint-Jean-d'Angély (altitude de l'eau par rapport au niveau 0 de la mer) - ont été qualifiées de retour 4 à 5 ans (probabilité qu'une crue de ce type survienne dans l'année soit 1 chance sur 4 ou 5). Elles sont intéressantes dans le sens où elles ne provoquent pas d'inondations dommageables pour les enjeux humains : faibles débordements en largeur et surtout hauteur dans le lit majeur. Dans cette situation, les courants dans le lit mineur du cours d'eau sont concentrés et élevés, renforçant la puissance de remobilisation des sédiments, de la matière organique, recréant de nouveaux chenaux, sinuosités, radiers et fosses dans les sables et graviers. Cela contribue à régénérer et diversifier les habitats naturels qui peuvent être recolonisés par toutes les espèces aquatiques présentes.

Enfin, autre aspect positif, la régénération des fonds et des berges facilite également le rôle auto-épuratoire du cours d'eau. La qualité physicochimique de l'eau peut en être améliorée, grâce à la filtration plus efficace que permettent les fonds sableux et graveleux, cela favorise l'oxygénation qui est un paramètre clé aussi pour de nombreuses espèces.

Les crues d'hiver de ce type sont finalement autant importantes que la conservation de niveaux d'eau et débits l'été à la saison sèche. Pour autant, les hivers secs sans crues se sont succédés ces dernières années, sans pouvoir remplir tous ces rôles naturellement, qui seraient très coûteux voire impossible à compenser par des interventions humaines d'entretien (coûts et volumes de curage, impasses règlementaires quant au devenir des vases à extraire lorsqu'elles dépassent des seuils de pollution, coûts de restauration d'habitats aquatiques...). Un équilibre à retrouver et à relativiser à toutes les saisons de l'année.